La ballade d'Hester Day de Mercedes Helnwein


Un road-movie entraînant un poète, un futur astronaute, et une jeune femme un peu paumée dans sa tête, voilà ce que nous raconte Mercedes Helnwein dans La ballade d’Hester Day.


Éditeur : Le livre de poche

Nb de pages : 325
Série : / 
Catégorie : contemporain

Traducteur : Francesca Serra

. Pourquoi ce livre ? 

Ce livre entre dans la sélection de juin
du prix des lecteurs du Livre de Poche.


C’est l’histoire d’une fille qui ne veut pas aller au bal de promo, d’un apprenti poète qui l’a épousée pour trouver l’inspiration, et d’un petit garçon rondouillard qui, à défaut d’être cow-boy de l’espace, est ravi de tracer la route en camping-car avec eux. L’équipée sauvage d’Hester Louise Day s’annonce comme un fiasco épique. Parce que la famille, même bricolée, ce n’est jamais un long fleuve tranquille, surtout quand on est recherché par la police et le FBI.



Mercedes Helnwein est née en 1979 à Vienne (Autriche)

Artiste peintre, écrivaine et cinéaste, elle vit entre Los Angeles et l’Irlande où toute sa famille a emménagé lors de son enfance.

Son site.




Ce roman raconte plusieurs histoires :

  • Celle qu’Hester fuit
  • celle qu’Hester espère
  • celle qu’Hester raconte
  • celle des autres... 

Fort heureusement Mercedes Helnwein a un style accrocheur et une façon de raconter intéressante, même si on retrouve, encore, la première personne. Sans ces notes d’humour, ces dialogues complètement décalés par moment, j’avoue que j’aurais certainement posé ce livre. 

Car l’intrigue est tout de même bien fine pour ne pas dire inexistante.

Une crise d’ado

C’est tout ! Hester, mal dans sa peau comme environ 90 % des ados (et oui, à 18 ans, on est encore ado !) se cherchent. Sa relation avec ses parents est dépeinte comme inexistante, et Hester nous donne une vision assez noire de ces gens :

  • Sa mère la voudrait neurochirurgien – ce qui sous-entend qu’elle la considère intelligente –, et les seuls échanges qu’elles ont tournent au pugilat, chacune campant sur ses convictions. Hester lui reproche de ne pas l’écouter, ce qu’elle ne fait pas non plus, et de ne s’occuper que de sa garde-robe. Pourtant cette femme tente de trouver des solutions avec un conseiller familial, ce qui peut sembler loufoque lorsqu’on le lit dans le roman, mais dénote une volonté d’avancer, de trouver des solutions. 
  • Son père a depuis longtemps compris que son propre bonheur passait par le golf et a donc fut la maison et ses obligations. Son silence est éloquent et la réaction d’Hester aussi liée à ce manque de présence.
  •  La sœur d’Hester, dont j’ai oublié le nom tant elle est insignifiante, accapare l’attention de leur mère lors des repas et se moque d’Hester à plusieurs reprises, comme le font toutes les sœurs... 
Bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas la famille idéale, mais nous sommes loin des psychopathes à fuir absolument ! Hester m’est donc apparue comme une ado en crise, une ado issue de surcroît d’une famille américaine aisée, donc bien éloignée de la réalité de la vie.

De nombreuses pistes non travaillées


Alors, certes, l’auteur lui a donné des raisons de ne pas être bien dans sa peau, expliquant dès les premières lignes que son nom lui vient d’un enfant décédé avant elle. Le deuil n’est pas fait ni par le père ni par la mère et elle s’est construite sur un manque, sur des non-dits. Malheureusement, l’auteure n’a pas utilisé cette information. Elle la donne et passe à la suite, comme pour beaucoup de choses évoquées dans le livre. C’est bien dommage. Mais le livre se veut amusant, et ce genre de sujet ne l’est pas. Sans compter qu’il demande des recherches ou un vécu. 

Construire un personnage exige de connaître son sujet et avancer qu’il porte le nom d’un précédent enfant défunt implique de revenir sur le sujet, à un moment ou à un autre. C’est un passif très lourd, et l’auteure s’est fait déborder par ce qu’elle s’est imposé. L’humour ne sauve pas tout. 

D’autres pistes de réflexion subissent le même sort, elles sont abordées au fil des déraillements de pensée d’Hester puis abandonnés. On trouve, pêle-mêle, un peu d’écologie, de politique, d’étude de la société américaine, de la futilité de la mode. Bref des sujets passionnants qui n’ont droit qu’à un court paragraphe, avant qu’Hester se mette à penser à toute autre chose de bien moins intéressant.

Une adoption a 18 ans ! 


Le motif de départ de l’histoire est loufoque et assez peu crédible. Cette gamine désœuvrée et en révolte contre ses parents, décide, sur un de ses « déraillements mentaux » – son expression favorite pour ces moments où son esprit part dans des délires – d’adopter un enfant. Si l’idée est bonne, tant d’enfants sont en attente d’amour, 18 ans me semblent un peu jeunes pour le faire, surtout lorsque l’on n’a pas de situation. Avec quoi va-t-elle l’élever ? Cela n’est jamais évoqué dans le livre, c’est tellement secondaire !

Mais Hester focalise sur cette idée et va donc remplir les obligations demandées par l’assistante du service d’adoption : avoir 18 ans et être mariée...

Un mariage avec un poète en quête de muse

Mais pour se marier, il faut une personne en face. Et, si possible, un brin d’amour, mais nos deux protagonistes ont l’air de s’être accordé sur le fait que cela n’était pas totalement nécessaire. Hester va tout simplement proposer à un type qu’elle croise régulièrement à la bibliothèque de l’épouser en lui expliquant pourquoi. Et il accepte. Leurs échanges, jusque là, se sont résumés à quelques impolitesses (oui vous avez bien lu) et tout d’un coup, les voilà mariés. Sur un bout de papier. Car Hester retourne vivre normalement chez ses parents et lui dans son camping-car.

Au secours ! Le livre était déjà assez bancal avec les réflexions particulièrement difficiles à suivre de cette jeune fille qui passe d’un sujet à l’autre, mais l’intrigue m’a paru, là, clapoter sévèrement.

D’autant que le poète est aussi un super héros qui s’ignore, capable de conduire durant de longues nuits en bâillant à peine. Leurs repos sont à peine présents, les kilomètres s’enchaînent et la crédibilité en prend pour un coup.  

Une écriture qui sauve, presque, la trame

Fort heureusement, l’écriture de Mercedes Helnwein sauve un peu ce manque d’intrigue évident. Ne sachant que faire de cette demoiselle rebelle, elle lui invente un road-movie – particulièrement plat – traversant l’Amérique depuis l’horrible Floride vers Chicago (une idée du poète) avec des étapes cruciales dans des cafétérias...

Vous l’aurez compris, si l’écriture n’avait pas su me tenir un peu en alerte, j’aurais posé rapidement ce livre. Mais, le style est bon, avec des mots recherchés et des dialogues croustillants ou totalement déjantés. En tout cas suffisamment pour m’emmener jusqu’à la moitié du livre. Là, j’ai craqué et lu en diagonale m’arrêtant uniquement sur les dialogues.

Bref, vous l’aurez compris, ce ne sera pas ce livre que je sélectionnerai pour le mois de juin...


Je ne reviens pas sur Hester que j’ai tracé au fil de mon avis. Je retiens le personnage de Jethro, le jeune garçon rondouillard du résumé, qui part avec le « couple » lors de sa fuite. Il est finalement le plus censé de l’histoire, du haut de ses dix ans.

Les personnages secondaires sont vus par Hester et leur description est parfois un peu bizarre. Sa vision des choses les tord et les rend difficiles à analyser. Un fou de Dieu, un jeune homme pour lequel elle à un petit pincement au cœur, ses gens sont autant de raisons de rentrer en conflit avec son mari, car, après tout, c’est un peu le seul mode de communication qu’elle connaît.



L’histoire se déroule sur plusieurs mois depuis le bal de promo, où elle ne voulait pas aller. Le road-movie leur fait traverser plusieurs états, mais l’auteure a choisi de les faire rouler de nuit, ce qui lui a évité les descriptions de paysages...



Les mots pour : Style, personnage de Jethro

Les mots contre : Crédibilité, sujets abordés non développés, manque d’intrigue

Notation :

Style (sur 5) 3 Intrigue (/4) 1,5 Personnages principaux (/3) 1,5
Style 2 Crédibilité 0 Personnages secondaires (/1) 0,5
Narration 1 Action 0,5
Description 0 Violence/tendresse 1 Temps et espace (/2) 1
Sensation générale (/3) 1,5  Rythme général (/2) 1 Total (/20) 10



Une ballade bien peu intéressante, finalement. Malgré un style sympathique et de bonnes doses d’humour, le livre clapote et n’a pas su m’emporter. 

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